Visite d’Etat de M. François Hollande en Indonésie : Le texte du discours à la communauté française


[EXTRAIT] "Les Français de l'étranger ne sont... par elysee

Mesdames, Messieurs, chers compatriotes,

Nous sommes en retard, c’est vrai, mais nous avons de bonnes raisons parce que nous ne cessions pas de signer des accords, des contrats qui témoignaient de l’ampleur de la coopération et l’amitié qui existe entre nos deux pays, l’Indonésie et la France.

Si nous avons pu aller jusqu’au bout de toutes nos intentions en matière de coopération économique, culturelle, scientifique, mais aussi universitaire, c’est aussi grâce à vous parce que la communauté française, vous êtes nos meilleurs représentants et vous faites en sorte que la France ait la meilleure image ici, en Indonésie.

Alors je suis en retard mais enfin ça fait quand même 30 ans que vous attendez un président de la République. Le dernier était François MITTERRAND, je suis heureux de lui succéder dans ce rôle et les Indonésiens attendaient aussi la visite d’un président de la République française. Certes, il y avait eu des déplacements de Premiers ministres, de ministres des Affaires étrangères, de nombreuses délégations aussi, mais il fallait que nous puissions nous mettre à ce niveau-là et à cette hauteur-là.

J’avais plusieurs raisons de venir ici, en Indonésie. D’abord, parce que je ne suis pas venu qu’en Indonésie, j’ai été également à Singapour et en Malaisie, et que c’est toute l’Asie du Sud-Est qui doit être regardée par la France comme un domaine et une zone, un espace où nous avons beaucoup d’intérêts et beaucoup de communautés de pensée. L’Asie du Sud-Est, c’est l’ASEAN, ce sont des pays extrêmement dynamiques, avec des croissances très fortes, avec des populations nombreuses – les Philippines font 40 % de l’ASEAN – et nous avons, entre l’Europe et l’ASEAN, tout intérêt à avoir des partenariats privilégiés.

Il se trouve qu’aujourd’hui, c’est le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne et que ça pose la question : que va devenir l’Union à 27 ? Quel va être son projet ? Quel vont être le sens et la direction qu’elle veut donner au continent européen ? Et si nous voulons regarder notre avenir, il doit être d’abord d’être une véritable unité entre les 27 et d’avoir aussi la capacité d’aller plus vite pour quelques pays qui en décideront, mais il faut qu’il y ait une projection de l’Europe vers le monde. Et précisément, ici, l’Europe est attendue et l’ASEAN dont je parlais veut avoir une relation particulière avec l’Europe.

Il se trouve que je m’exprime au moment où un président aux Etats-Unis remet en cause les décisions qui ont été prises lors de l’Accord de Paris sur le climat et où il y a des tentations protectionnistes. Alors, qu’est-ce que nous devons faire, la France, l’Europe, les pays du sud-est asiatique ? Devons-nous aller de l’avant, aller de l’avant pour mettre en œuvre les décisions et les engagements qui ont été pris à Paris, mais aller de l’avant aussi sur le commerce ? Parce que si nous cédons à cette tentation qui n’existe pas qu’aux Etats-Unis, que nous voyons aussi en Europe, si nous cédons, si nous nous enfermons, si nous nous replions, alors c’est une croissance potentielle qui va s’évaporer, ce sont beaucoup d’entreprises qui ne pourront plus exporter, qui ne pourront plus investir, qui ne seront plus accueillies comme beaucoup, heureusement, l’ont été ici, en Indonésie.

Donc nous devons promouvoir une conception du commerce qui soit bien sûr régulée, il ne s’agit pas d’accepter le libre-échange sans conditions, mais nous devons penser que la croissance de demain, elle sera tirée du commerce mondial et notamment avec cette partie-là de la planète.

Alors je venais aussi ici, en Indonésie, parce qu’il y a un partenariat stratégique qui existe entre nos deux pays depuis 2011 qui a un contenu politique parce que nous partageons une même vision des relations internationales, de l’indépendance, du rôle des Nations unies. Tout cela peut paraître de l’évidence, parler des institutions internationales, du droit international, des Nations Unies, mais ce n’est plus de l’évidence quand il y a une mise en cause, y compris du financement de ces organisations, quand il y a une contestation du droit international. Donc c’est très important que nous puissions rappeler, l’Indonésie et la France, quels sont les principes qui nous gouvernent et qu’est-ce que nous voulons faire, chacun à notre place, du monde dans lequel nous sommes.

Dans ce partenariat stratégique, il y a bien sûr l’économie et elle a pris sa place ici. Il y a de nombreuses entreprises qui sont implantées, nous avons des échanges commerciaux qui sont excédentaires, qui progressent très vite – de l’ordre de 10 % par an –, la croissance est forte ici et elle tire un certain nombre de nos entreprises et c’est très bénéfique pour l’emploi en France.

J’ai été accompagné non seulement par des ministres – je les salue, j’y reviendrai –, mais aussi par des parlementaires – députés, sénateurs – qui représentent aussi les Français de l’étranger, c’est-à-dire vous, et j’ai été accompagné aussi par beaucoup de responsables d’entreprises, des grandes, des moyennes, des petites, et qui ont pu trouver, grâce à ce partenariat stratégique, grâce à cette visite, des occasions de contact, voire même des marchés auxquels ils ne pouvaient pas prétendre s’il n’y avait pas eu cette relation et cette qualité dans l’accueil qui nous a été réservé. Et puis ces entreprises ont pu aussi nourrir un courant d’échanges qui va prospérer dans les prochaines années.
Dans ce partenariat stratégique, il y a ce que l’aéronautique a pu fournir de mieux, c’est-à-dire des avions, et ici, nous en vendons beaucoup. Pas de trop mais nous en vendons beaucoup et j’ai eu l’occasion d’ailleurs de remettre une distinction, la Légion d’honneur, à un grand chef d’entreprise indonésien qui a eu le record pour l’achat d’AIRBUS et qui continue à acheter des ATR et qui veut que sa flotte puisse être composée essentiellement d’avions français. Donc il était normal que l’on puisse lui accorder cet honneur que de lui dire que cette confiance qui nous est donnée, elle méritait aussi de notre part un salut particulier. Et nous avons encore ces derniers jours progressé pour la vente d’avions, pas simplement à ce client prestigieux, mais à d’autres ici, en Indonésie.

Dans ce partenariat stratégique, il y a aussi la défense parce que nos deux pays, je l’ai dit, ont une volonté d’avoir d’abord la sécurité de leur propre territoire et pour l’Indonésie, c’est un archipel avec 1 500, 17 000 îles mais toutes ne sont pas habitées. Je me rattrape comme je peux aux branches de l’archipel. Donc, sécurité du territoire mais aussi protection par rapport à d’autres influences. Chacun les connaît et il est très important que nous, la France, nous puissions présenter une indépendance et une capacité technologique et c’est pourquoi il était très important que Jean-Yves LE DRIAN puisse m’accompagné. Jean-Yves LE DRIAN qui a été pendant cinq ans ministre de la Défense, non seulement capable de régler des crises que nous avons connues, crises à l’extérieur, crises à l’intérieur, mais qui a été capable aussi de promouvoir la technologie française partout dans le monde. Et grâce à lui, nous avons pu signer de nombreux contrats.

Alors je pourrais continuer sur le partenariat, un partenariat universitaire puisqu’il y a ici des universités françaises, des grandes écoles qui sont représentées. Nous accueillons nous-mêmes des étudiants indonésiens – 4 000 – et nous faisons en sorte qu’ils soient encore plus nombreux. Nous avons des centres de recherche qui coopèrent avec leurs homologues indonésiens et puis nous avons ajouté une autre dimension, deux autres dimensions au cours de cette visite. D’abord, un partenariat en matière maritime. Il se trouve que l’Indonésie et la France ont des espaces maritimes considérables. La France – je le rappelle – a le deuxième espace maritime du monde et ce qui nous donne des atouts considérables en termes de valorisation des ressources, en termes d’énergie que nous pouvons un jour ou l’autre mobiliser, bref, mais aussi des responsabilités.

Donc, nous avons convenu d’un partenariat qui puisse, entre l’Indonésie et la France, mobiliser toutes les communautés maritimes de nos deux pays en matière notamment de lutte contre les pêches illégales, en matière d’observation, en matière de prévisions météorologiques, en matière d’investissements portuaires, en matière de construction de bateaux, bref, une vraie politique maritime commune parce que la mer est comme le disait très bien monsieur Louis-Dreyfus l’avenir de la Terre. Donc nous avons vocation à porter ce message-là et l’Indonésie et la France peuvent le faire.

Puis nous avons ajouté une dimension culturelle et il y a eu cet après-midi une mise en valeur de l’économie créative. Nous avons pu ainsi avec nos amis indonésiens montrer que, non seulement nous sommes pour la diversité culturelle, c’est-à-dire de faire référence et de faire appel à tout ce qui contribue à la création, mais que nous pouvons en plus mener ces politiques ensemble. Ce qui nous a permis d’accueillir Catherine DENEUVE en Indonésie et je veux la remercier parce que c’est une promotion de la culture française, du cinéma français, une personnalité éminente en France, connue mondialement qui accepte de venir passer quelques jours ici pour la promotion du cinéma, de la culture, de la création et de cet accord avec nos amis indonésiens qui vont dans les prochains mois ouvrir plus de salles de cinéma, accueillir plus de films français. C’est aussi cela le partenariat entre la France et l’Indonésie.

Je voudrais ajouter une autre idée, qui dans le contexte que nous connaissons est sans doute encore plus cruciale, l’Indonésie est le pays qui compte le plus de musulmans au monde, qui a été capable de développer un islam modéré, un islam qui est, on le voit bien, compatible avec la démocratie et qui a fait de la neutralité religieuse un principe constitutionnel. L’Indonésie qui a été frappée comme nous, la France, par le terrorisme, qui lutte contre le fondamentalisme, contre l’extrémisme et qui participe avec nous d’un certain nombre d’objectifs que nous poursuivons à l’échelle du monde. Alors il était important qu’à la fois nous puissions regarder le modèle indonésien et en même temps que nous puissions ensemble dire que nous n’acceptons pas les discriminations, les stigmatisations et la mise en cause d’une religion en l’occurrence l’islam.

Toutes ces raisons font que nous étions ici grâce à vous presque chez nous. Et de vous voir aussi nombreux me laisse penser que les statistiques officielles ne sont donc pas les bonnes. Communauté française, 3 500, 4 000, vous êtes déjà presque autant, je vous ai comptés, même s’il y a aussi beaucoup d’amis indonésiens que je veux saluer qui sont venus ici pour nous témoigner de leur amitié. Communauté française qui ici donc représente des secteurs très différents : l’économie, la culture, les alliances françaises, les lycées. Je veux saluer les personnels de ces deux établissements, qui font en sorte que vous puissiez là aussi éduquer en français, accueillir non seulement des Français mais aussi d’autres nationalités pour qu’ensuite ces élèves puissent être les meilleurs représentants de la culture française.

Je voudrais aussi saluer les fonctionnaires parce que même à l’étranger on a besoin de fonctionnaires, on a besoin que l’Etat puisse retrouver des personnels consulaires. Je voudrais saluer Business France parce qu’il m’a été dit - c’est venu de la part des PME, des entreprises - que Business France avec les services de l’ambassade faisait tout pour accompagner les entreprises avec la chambre de commerce, avec tout ce qui peut contribuer au développement de nos échanges.

Voilà ce que c’est qu’une communauté française à l’étranger, c’est une communauté humaine qui peut connaître aussi ses épreuves, ses difficultés. La sécurité doit être pour nous un élément essentiel, nous avons dégagé d’ailleurs des crédits pour renforcer la sécurité aussi bien pour les établissements scolaires que pour les services de la France présents en Indonésie. Nous avons une obligation supplémentaire parce qu’il y a beaucoup de touristes, 150 000 touristes français qui viennent ici en Indonésie. Nous avons aussi ce devoir avec les autorités indonésiennes de les protéger. Et nous devons nous occuper du sort d’un certain nombre de nos ressortissants qui peuvent se trouver dans une situation difficile, je n’en dis pas davantage mais vous avez compris.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais faire avec vous au cours de ce dernier déplacement de mon quinquennat. C’est pour cela que je voulais vous réserver cette surprise, cette attention particulière. Pendant ces cinq ans j’ai énormément voyagé, les opposants ne devaient pas s’en plaindre, ils étaient heureux de me voir plus loin que dans leur proximité immédiate, mais j’ai, me dit-on, été le président qui a le plus voyagé. Non pas simplement par une forme de plaisir qui m’aurait saisi pour ne pas m’occuper de la situation des Françaises et des Français de l’Hexagone parce que c’est la priorité compte tenu des enjeux économiques et, vous savez bien, aussi des enjeux de sécurité. Mon premier devoir c’est de protéger les Français et d’assurer le progrès, les avancées, et notre pays a avancé depuis cinq ans.

Mais je me suis beaucoup déplacé parce que c’était l’intérêt de la France, parce que nous étions engagés sur un certain nombre de théâtres d’opérations, en Afrique, au Moyen-Orient. Je me suis beaucoup déplacé aussi parce qu’il y avait parfois à apaiser des relations qui s’étaient dégradées avec un certain nombre de pays. Je me suis beaucoup déplacé parce qu’il y avait des enjeux économiques, commerciaux au-delà même de la politique. Je me suis beaucoup déplacé parce qu’il y avait la culture française qu’il fallait porter, la langue française.

Partout, j’ai voulu rencontrer les Français qui vivaient à l’étranger et à chaque fois ce qui m’a saisi c’est toutes les générations qui sont représentées, beaucoup de jeunes qui sont à l’étranger, et puis aussi des Françaises et des Français qui ne se sont jamais séparés de leur pays, qui vivent même encore davantage la France parce qu’ils sont plus loin et qui se rattachent toujours à une région, à un département, à une commune. On est Français de l’étranger mais on est d’abord Français d’une ville, d’un territoire et même si on est depuis longtemps Français à l’étranger. Il y a beaucoup de nos compatriotes qui font leur carrière à l’étranger puis d’autres qui ont décidé, en plus le mariage aidant, de vivre à l’étranger, beaucoup qui sont doubles nationaux, il y en a ici. C’est une chance pour la France d’avoir des doubles nationaux qui aiment leur patrie parce que justement ils peuvent en avoir deux.

Alors pour toutes ces raisons j’ai toujours trouvé beaucoup de plaisir à être devant des Françaises et des Français comme vous qui représentent ce qu’est notre diversité y compris sur le plan politique, sur le plan des philosophies, sur le plan des convictions, des religions, et qui assurent finalement ce lien avec la France. Et si la France est autant aimée, vous pouvez vous en témoigner. C’est ce qui parfois surprend les Français qui ne voyagent jamais et qui pensent qu’ils sont toujours regardés avec distance, avec parfois le regard sur leur compétitivité qui ne serait pas aussi élevée, sur leurs performances qui ne seraient pas aussi grandes ou moins grandes que certains de leurs voisins. Non, la France est aimée, elle est admirée, elle est regardée non pas parce que nous sommes ce que nous sommes mais parce que nous sommes le produit d’une histoire, que nous portons un idéal.

Quand la France est frappée, vous l’avez vu, hélas, ces dernières années, c’est le monde qui s’est rassemblé autour de la France parce que c’est la France, parce que vous êtes la France. Nous devons être à chaque fois conscients de nos responsabilités, sûrs aussi de ce que nous représentons, également fiers de nos atouts, il y en a de nombreux, capables de vendre notre excellence française, et aussi d’être sûrs de notre destin, de n’avoir peur de rien.

Vous qui vivez à l’étranger vous avez sûrement encore moins peur et vous ne devez surtout pas cultiver ce sentiment. Nous devons à chaque fois représenter l’espoir parce que la France c’est son message. La France ne s’est jamais mise à renoncer à être elle-même et quand elle l’a été, hélas, saisie par cette terrible tentation elle s’est perdue. Alors faites en sorte au-delà de ma présidence puisqu’il y en aura d’autres - je veux ici vous rassurer ou vous inquiéter mais il y en aura d’autres - de porter l’espoir qui est le message de la République française.

Merci.

Dernière modification : 31/03/2017

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